6ème visite au musée virtuel de la cour d'appel de Toulouse

Le cycle pictural de la cour d'appel de Toulouse par Georges D'espagnat
09/01/2023 - mise à jour : 06/03/2023
« Histoire de la justice à Toulouse » exposée sur le mur du palier intermédiaire de l’escalier d’honneur de la cour d’appel menant à la salle Minerve

Les cinq toiles composant le cycle ont été réalisées dans l’atelier parisien de l’artiste et marouflées par ses soins, celui-ci ayant écarté d’emblée l’option d’une peinture murale qu’il juge trop contraignante.

La commande est scindée en deux phases.

Pour la première tranche, Georges D’Espagnat prévoit pour le mur du palier intermédiaire de l’escalier d’honneur un panneau de 4m50 de long sur 7 de large. Deux autres toiles, de 2m50 sur 2, doivent lui faire face à l’étage, installées de part et d’autre de l’entrée de la salle Minerve.

  • L’allégorie de la Justice

« Histoire de la justice à Toulouse »

L’huile sur toile débutant la série s’impose, par son format, sa position et son sujet, comme l’œuvre majeure.

Elle figure une allégorie de la Justice « entourée des représentants des diverses magistratures propres à Toulouse, aux diverses périodes de l’Histoire : depuis la Justice des Comtes de Toulouse et des Capitouls, jusqu’au Parlement et jusqu’à la cour actuelle » indique l’artiste.

Au centre, une niche encadrée de colonnes à l’antique sert de trône à la Justice, simplement coiffée du casque de Minerve, dépourvue des attributs classiques que sont la balance et le bandeau masquant ses yeux. Son visage stoïque et sa position hiératique traduisent son impartialité. La fonction répressive de la Justice est quant à elle symbolisée par la présence du glaive qu’elle tient dans sa main.

A ses pieds, deux Vertus complètent la composition. A gauche, une jeune femme consultant des livres de lois symbolise la Jurisprudence. A droite, une mère enveloppant un nouveau-né renvoie à l’Innocence que la Justice protège d’un geste de mansuétude.

De part et d’autre, les représentants de l’institution à travers le temps conversent.

  • Les richesses régionales

Faisant face au panneau principal, deux autres huiles sur toile vantent les richesses régionales.

« Toulouse cité des arts »

« La Garonne, richesse du Languedoc »

La première célèbre la richesse artistique de la ville. La palette diluée transcrit la couleur locale, tandis que se détachent dans l’horizon ses monuments emblématiques. La ville est figurée sous les traits d’une élégante muse nonchalamment appuyée sur un soubassement de briques roses caractéristiques. Sur sa gauche, on remarque quatre poètes mainteneurs de la langue d’oc. Assises aux pieds de la cité, on distingue la mystique bienfaitrice de l’académie des Jeux floraux, Clémence Isaure, et la légendaire Belle Paule, dame toulousaine du XVIe siècle connue pour sa beauté et immortalisée par un tableau d’Henri Rachou. A l’avant-plan, figurent les allégories de la Musique, de la sculpture et de la Peinture.

La deuxième quant à elle illustre la prospérité du territoire à travers la pêche, la navigation et les récoltes.

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La seconde commande comprend deux toiles de 2 m de haut sur 2.5 de large, encadrant, en 1944, l’entrée de la Grand’Chambre. Elles sont consacrées, l’une au travail, l’autre à la famille.

« Le travail »

« La famille »

La première dépeint une famille répétant des tâches ancestrales, l’aîné et son aïeul s’attelant au ramassage du bois alors que la mère se charge de la récolte, suivie de ses plus jeunes enfants.

Dans le pendant, les hommes entretiennent le potager tandis que les femmes et les enfants cueillent fleurErreur ! Référence de lien hypertexte non valide.s et fruits. Cette ultime composition présente une dimension plus personnelle pour le peintre, ce dernier prenant pour modèle son épouse et son fils Bernard.

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Cette œuvre intervient en une phase transitoire, à l’aube d’un changement d’orientation en matière de décoration des édifices publics. Ce projet, fortement marqué artistiquement et connoté politiquement, perpétue un principe qui s’avère obsolète devant les bouleversements sociétaux des Trente glorieuses.

Sur un plan stylistique, le décor élaboré par Georges D’Espagnat ne correspond pas à l’évolution des goûts. En 1960, un chroniqueur local les signale brièvement dans un descriptif du palais comme des œuvres « au symbolisme assez flottant ».

Tous ces éléments additionnés ont sans doute favorisé leur dépose une vingtaine d’années après leur installation.

Oubliées dans un coin des ateliers municipaux, ces œuvres n’ont été retrouvées qu’au début des années 1990 dans un mauvais état de conservation, nécessitant de longs et minutieux travaux de restauration.

Les toiles consacrées aux arts, à la Garonne, à la famille et au travail furent les premières à retrouver les murs du palais, sans pour autant rejoindre leur emplacement originel, celles-ci habillant désormais la galerie reliant l’entrée du parquet général à celle de la salle Minerve.

Le travail durant plusieurs mois de trois restaurateurs - Ernest ECZET, son fils Etienne et Jean BADIE – fût nécessaire afin de rendre toute sa superbe à l’« Histoire de la justice à Toulouse ».

« S’agissant d’une toile marouflée, collée à peine sur le mur, il a d’abord fallu la débarrasser du plâtre, de la colle et de la poussière emmagasinée pendant ses années d’oubli » explique Ernest ECZET, « avant de la dévernir et de l’assouplir avec un produit spécial ».

Ces opérations longues et délicates de restauration ont été rendues possibles grâce à la contribution financière de la direction régionale des affaires culturelles, à l’ordre des avocats du barreau de Toulouse, à la ville de Toulouse, au conseil régional de Midi-Pyrénées, au conseil général de la Haute-Garonne et à la chambre des avoués.

Positionnée tout d’abord dans la salle des pas perdus, elle devait retrouver la place qui était initialement la sienne lors d’une inauguration prévue à l’issue de l’audience solennelle de rentrée de la cour d’appel en janvier 1994.

Son installation n’a cependant pas attiré que des amateurs d’art, celle-ci ayant été victime d’un acte de vandalisme avant que la cérémonie ne puisse se tenir. C’est ainsi que le vendredi 31 décembre 1993 un individu, qui n’a pu être appréhendé, a lacéré la toile d’une dizaine de coups de couteaux.

Après une seconde restauration d’Ernest ECZET, l’« Histoire de la justice de Toulouse » a enfin pu retrouver le lieu pour lequel elle fut pensée et où elle peut toujours être admirée.

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Pour aller plus loin :

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Quelques éléments biographiques concernant Georges D’Espagnat :

Peintre, illustrateur et graveur français, Georges D’Espagnat est né le 14 août 1870 à Melun. En 1988, il entre à l’École des arts décoratifs et à l’École des beaux-arts de Paris. Doté d’un caractère fort et très indépendant, il préfère toutefois se former seul et se rend tous les jours au Louvre afin de copier et d’étudier aussi bien des œuvres antiques que celles des artistes qu’il admire tels Delacroix, Poussin, Rembrandt et Rubens.

Dès 1891, il participe au Salon des Refusés, suivi en 1892 du Salon des Indépendants puis, en 1894-95, expose chez le Barc de Boutteville.

Grand voyageur, il se rend au Maroc en 1898 puis visite l’Europe de 1905 à 1910, exécutant de nombreuses aquarelles.  A partir de 1904, il expose fréquemment chez Durand-Ruel, Bernheim et Druet.

En 1921, il s’installe dans le Quercy, région qui lui inspire de nombreux paysages, de même que Collioures et la Normandie.

Il exprime son art à travers une pluralité de techniques : la peinture à l’huile essentiellement mais également la gravure sur bois et sur cuivre, l’aquarelle et la lithographie. Dessinateur de talent, il contribue à de nombreux périodiques illustrés tels que « Le Courrier Français » (1895 – 1896) et « Le rire » (1899 – 1912). Il illustre « les Oraisons mauvaises » de Rémy de Gourmont (1897), « le Centaure » de Maurice De Guérin (1900) et « l’Immortel » d’Alphonse Daudet (1930). Il œuvre par ailleurs dans la conception de décors de théâtre, notamment pour « Fantasio » de Musset (1912) et le Barbier de Séville de Beaumarchais (1934).

D’espagnat s’illustre aussi dans l’art de la décoration en réalisant de grandes compositions murales, notamment dans la salle à manger du paquebot Normandie (1935), la mairie de Vincennes (1936) ou encore le Palais du Luxembourg (1939).

Peintre très productif (plus de 1.000 toiles), il utilise les couleurs franches des fauves en les soulignant toutefois de cernes appuyées, dans un style proche de Renoir.

Il décède le 17 avril 1950 dans le 18e arrondissement de Paris à près de 80 ans.

Il est représenté à Paris (Orsay et M.A.M), à Saint-Tropez (musée de l’Annonciade), à Bagnols-sur-Cèze (musée Léon-Alègre), à Douai (musée de la Chartreuse), à Rouen (musées des Beaux-Arts) et à Genève (Petit Palais). Quelques rétrospectives lui ont été consacrées : chez Durand-Ruel en 1962 et 1967, au musée des Beaux-Arts d’Alençon EN 1897 et au musée-promenade de Marly-le-Roi en 1996.

 

Source : « Dictionnaire de la peinture » aux éditions Larousse.