CA de Basse-Terre : la Justice écrit son histoire sur les murs
Pour donner à cette démarche une portée symbolique forte, trois salles d’audience — « là où tout se passe », selon les mots du premier président — ont été renommées. Elles portent désormais les noms de Gerty Archimède, Xavier Tanc et Maximilien Liontel.
Ces trois figures ont en commun un engagement remarquable au service de la Justice dans les Antilles françaises :
° Gerty Archimède
Gerty Archimède nait en Guadeloupe en 1909. Après des études de droit, elle intègre l’avocature en 1939, faisant d’elle la première femme avocate des Antilles françaises. Elle est aussi la première femme bâtonnière en Guadeloupe, et obtient sa réélection à trois reprises, un record encore inégalé. Elle est par ailleurs à l’origine du premier mouvement féministe de la Guadeloupe ayant permis l’avènement de l’Union des femmes guadeloupéennes. En outre, elle s’illustre au travers de procès phares à l’instar de celui concernant Angela Davis qu’elle défend. En 1945, elle est élue conseillère générale, membre du Parti communiste, puis députée de la Guadeloupe. Elle a notamment siégé à la Commission de la justice et de la législation dont elle été la rapporteure et à la Commission des territoires d’Outre-mer. Elle obtient sa nomination es qualité de juge suppléante à la Haute cour de justice.
° Xavier Tanc
Xavier Tanc naît dans les Hautes-Alpes en 1800. Après des études de droit, il intègre l’avocature, puis peu de temps après, la magistrature. En 1830, il arrive en Guadeloupe pour y exercer les fonctions de juge de paix. Durant son séjour, il découvre avec violence le régime de l’esclavage qu’il va fermement dénoncer. De fait, l’administration coloniale lui accorde un congé. Il rejoint l’hexagone afin de poursuivre sa carrière de magistrat. Malgré les réprimandes de l’administration, il publie, en 1832, « De l’esclavage aux colonies françaises et à la Guadeloupe » où il fait état des affres de la traite négrière dans les colonies françaises et notamment en Guadeloupe. Il est destitué en 1834 et rejoint l’avocature au barreau de Paris. Après l’avènement de la IIe République, il rejoint à nouveau la magistrature et exerce en Martinique puis en Guyane. Il y dénoncera cette fois les exactions de l’administration locale et sera de nouveau considéré comme « indésirable » en 1853.
« J’arrive sur cette terre de douleurs pour dire tous les maux à la France qui les oublie ».
° Maximilien Liontel
Maximilien Liontel nait à Cayenne en 1851, trois ans après l’abolition de l’esclavage, au sein d’une famille anciennement réduite à l’esclavage. Il s’illustre au cours de ses études ce qui lui vaut l’obtention du 1er prix d’honneur du collège de Cayenne en 1868 et surtout l’octroi d’une bourse lui permettant de poursuivre ses études. Après avoir intégré l’Ecole militaire de Saint-Cyr, M. Liontel, réformé pour cause médicale, se consacre à des études de droit. Il retourne en Guyane pour y exercer la fonction d’avocat. La même année, il intègre la magistrature coloniale. Il fait alors une carrière exceptionnelle tant au siège qu’au parquet, dans divers territoires : la Réunion, Saigon, la Martinique, la Guadeloupe, l’Inde française, Nouméa, Papeete, le Dahomay (actuel Bénin) et bien sûr Cayenne où il accède aux fonctions de procureur général. Après une brillante carrière, il s’éteint dans l’hexagone en 1924.
Cette cérémonie a également marqué l’inauguration des nouveaux locaux du Palais de justice de Basse‑Terre, offrant un cadre modernisé et plus fonctionnel aux justiciables, aux avocats et aux personnels judiciaires.
Un moment fort, empreint d’histoire, de reconnaissance et de sens, qui rappelle combien la coopération entre avocats et magistrats est essentielle au bon fonctionnement de la Justice.

